Ail, Ail, Ail… Noir . . . Une belle description de l’Ail Noir parue dans le Journal Le Devoir  Montréal . . .  un concentré de saveurs

Le 13 Mai, 2017
Par: Sophie Suraniti
Journal Le Devoir

Au lieu d’une bouteille, de fleurs ou d’un livre, j’ai rapporté une tête d’ail noir. Puis j’en ai proposé en bouchées apéritives simplement tartinées sur du pain. Pendant une courte semaine, j’ai salivé la vie en noir. Noir comme ces gousses d’ail fondantes couleur suie, au goût umami. Vite englouties.

Tout intrigue dans cet ail noir. D’abord, sa couleur noire abyssale qui se dévoile sous la peau fripée de la gousse. Une fois pelée, la chair dense à la texture moelleuse s’extrait délicatement. On s’en met alors un peu sur les doigts, ça s’écrabouille sur la peau, on lèche… Bam !

En bouche, c’est vinaigre balsamique, figue, pruneau ou prune confite, chocolat noir… À la fois doux, chaud, soyeux, sucré. Du vrai bonbon. Comment obtient-on ce résultat ? Après la récolte, les bulbes d’ail sont mis à sécher quelque temps à l’air libre et sous abri. Puis, on les place dans une étuveuse où ils sont chauffés entre 40 °C et 100 °C, dans un environnement ayant un certain taux d’humidité pendant plusieurs semaines.

Température, hygrométrie, durée. Ces trois facteurs combinés déclenchent le processus de caramélisation de l’ail. Ni confisage ni fermentation, mais une lente conversion des sucres naturels appelée « dégradation enzymatique » qui se met en marche sous l’effet de la chaleur — encore la fameuse réaction de Maillard !

Un concentré de saveurs

Un mois d’étuvage et un mois de séchage plus tard, et voilà notre ail transformé en un concentré de saveurs complètement adoucies. « Au début, on en a fait des cailloux avant de trouver les bons réglages ! » rigole Jean-François Émond au téléphone. Au bout de son île… d’Orléans ! Car cet ail noir est originaire de Sainte-Famille. Un produit bien de chez nous, non importé du Japon ou de la Corée (les deux pays se disputent cette création), où ce condiment très prisé a été mis au point au début des années 2000.

Certains ont un rêve d’enfant couplé à un rêve gourmand. D’autres ont des idées gourmandes et croisent des rêveurs gourmands. Jean-François Émond rêvait d’être fermier. Il y a dix ans, le projet de cet ancien gestionnaire immobilier a pu se concrétiser sur l’île d’Orléans. Il achète une ferme à Sainte-Famille, y élève des canards et ouvre un casse-croûte de terroir saisonnier.

Parmi sa clientèle d’habitués, plusieurs chefs et cuisiniers du coin. Il se lie d’amitié avec l’un d’eux, Matthew LeBlanc, qui un jour lui demande : « Connais-tu ça, l’ail noir ? » L’idée trotte en tête, germe… jusqu’à ce que le duo décide d’acheter une tonne d’ail biologique (de la Music, une variété commune qui pousse très bien au Québec) auprès d’un producteur de l’île. À l’automne 2016, une moitié est plantée sur les terres de la ferme de Jean-François, l’autre moitié est transformée en ail noir.

*Certaines personnes font de l’ail noir avec un cuiseur à riz. Un kilo à la fois, pour un résultat variable (difficile de contrôler le taux d’humidité dans l’appareil). Ici, à L’ail de l’île, on parle de centaines de kilos !

Par: Sophie Suraniti
Journal Le Devoir

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